L'élevage en pays d'Arles.
Les origines de la Tome d'Arles.
Les débuts de la commercialisation.
La
commune d'Arles, depuis le XIIème siècle, a peu à peu cédé
ses terres aux particuliers, se contentant de réserver un droit de parcours,
ou droit d'Esplèche, laissant les coussouls et pâtis, de la Mi-Carême
à la Saint Michel, à la libre disposition des éleveurs
qui payaient un impôt foncier à la commune.
Fin XVIIIème,
on trouvait en Crau et en Camargue trois grandes catégories de troupeaux
de brebis :
Autrefois,
les troupeaux transhumants étaient menés par des boucs castrés,
dont les cornes s'étaient ainsi développées, les " menons
". Ces boucs appartenaient à la race du Rove ; ils sont aujourd'hui remplacés
par des moutons conducteurs appellés floucats. Leur nombre est variable
pour chaque troupeau, environ un pour 200 ou 300 bêtes environ.
Les chèvres
qui accompagnaient les troupeaux, fournissant du lait pour améliorer
la nourriture des bergers et aussi fabriquer des fromages, voient leur nombre
diminuer d'année en année. Il y avait près de 3900 chèvres
dans les troupeaux transhumant vers les Basses-Alpes en 1946. En 1960, environ
80% des troupeaux comportaient encore
Les origines de la tome d'Arles.
Louis
STOUFF, historien, dans son ouvrage " Ravitaillement et alimentation
en Provence au XIV et XVème siècles " , nous renseigne sur les
habitudes en matière de consommation de fromage : " On offre au roi René
des 'fromaiges rons des presurs'. Les chanoines du chapitre Ste Trophine à
Arles mangent traditionnellement à l'époque de Pâques des
fromages frais et salés. Le mot tomme est utilisé, il est difficile
de savoir à quoi il correspond ; à Arles il paraît désigner
des fromages de brebis car on trouve des instruments destinés à
la fabrication et à la conservation de la tomme chez les bergers qui
ne possèdent que des brebis. "
Dans cette
définition, ce fromage frais et salé, de brebis, semble correspondre
à l'actuelle tome d'Arles.
Louis STOUFF
toujours, dans son livre " Arles à la fin du moyen-âge " , nous
parle des pastres : " Le lait se recueille dans des seaux, la production et
la fabrication des fromages sont l'un des revenus. En 1390, un pastre s'engage
à traire les bêtes et à fabriquer le fromage ... ils ont
des claies pour les faire sécher, l'un d'eux a sans doute douze douzaines
de fromages en cours de séchage, leur équipement comprend de petits
paniers pour égoutter les fromages frais. "
On consommait
aussi du fromage de chèvre : " caseum de baucio " , en provenance de
la chaîne des Alpilles, domaine des chèvres.
Le mot tome,
utilisé par Pline l'ancien semble désigner un commencement de
fromage plutôt qu'un fromage proprement dit, c'est à dire un caillé
pas encore affiné. On portait à Rome des fromages mous en provenance
de Lozère ou du Gevaudan, nommés en patois " toumo " . (
A. FABRE - le roquefort de Pline l'ancien ).
Frédéric
MISTRAL, dans " Mireille " , traduit tomme par fromage frais et dans
le chapitre 6 du poème du Rhône, il précise :
" Jonchée
( toumo ), fromage frais que l'on fait égoutter sur des joncs et que
l'on retourne de temps en temps " , d'où la locution " vira coume uno
toumo " ( tourner comme une tomme ). Toujours d'après Mistral, les "
fiscello " étaient des petits ronds de jonc ou d'osier sur lesquels le
lait caillé était mis à égoutter, mais la tomme
se moulait dans des vases de poterie percés de trous. Les tommes préparées
avec du lait de chèvre ou de brebis sont d'un blanc très pur,
d'un coupe fine lisse et brillante. (
R. JOUVEAU - La cuisine provençale de tradition populaire ).
Les débuts de la commercialisation de la tome d'Arles.
En
1923, Mr. A. CONDUCHE, alors employé saisonnier de Roquefort,
dans une laiterie à Moules, près d'Arles, achète sa propre
laiterie en Arles. Il n'avait pas de troupeau, il organisait le ramassage du
lait ( exclusivement de brebis car il reprochait aux chèvres leur faible
rendement ) d'Octobre à Mai, sur Nîmes, St Gilles et Vauvert, trois
localités du département voisin, le Gard.
En période
de pointe, il traitait jusqu'à 1500 litres de lait par jour, la majorité
était transformée sur place en roqueforts qui étaient envoyés
par la suite dans les caves de Roquefort pour affinage, le reste de la production
se répartissait en :
| - Un
fromage frais et nu L''ARLESIENNE - Un fromage ½ sel LOU GARDIAN - Un fromage plus sec LOU PASTRE |
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Vendus
sur les marchés d'Arles, Nîmes, Avignon et Tarascon. ( ces trois
noms étaient déposés sous une marque commerciale ) Le nom
de " gardian " est encore communément utilisé pour nommer la tome
d'Arles.L a production de Mr. CONDUCHE a cessé en 1952, par insuffisance
de lait.
Aujourd'hui,
on trouve le successeur de Mr. CONDUCHE en la personne de Mr. René
BOUET, issu d'une famille de bergers depuis plus de 150 ans, à Vauvert
dans le département du Gard. Associé avec son gendre, Stéphane
LEMERCIER, il est le dernier à poursuivre cette production, dans
sa fromagerie " le Mas du Trident " , à Vauvert avec 300 brebis. Leur
fromage, commercialisé sous le nom de " Trident ", se trouve sur les
marchés de Provence, les crémiers, épiciers et restaurateurs
de la région.
En dehors de la commercialisation, la tome d'Arles a toujours été fabriquée dans les mas de Camargue, pour l'auto-consommation et nourrir les ouvriers qui travaillaient dans ces fermes. Certains habitants de la périphérie d'Arles avaient de petits troupeaux de chèvres et faisaient de la tome avec la même recette, les mêmes méthodes, pour leur propre consommation.
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La
tome d'Arles est un fromage frais de type caillé présure.
Elle est de forme carrée ( la forme carrée ne vient pas
de la forme des moules, qui sont ronds, mais du fait que les fromages
sont stockés côte à côte, très serrés
). Elle mesure 6 cm de côté et 1,5 cm d'épaisseur. |
Sans croûte, elle se présente nue, recouverte d'une feuille de laurier. Le lait était tout d'abord traité à 60 °C pendant 30 minutes, ce qui correspondait à une pasteurisation basse, obligatoire pour éviter la brucellose, ou fièvre de malte ou fièvre ondulante. Les contrôles vétérinaires actuels dispensent de cette opération. Le lait n'était pas écrémé. L'emprésurage se faisait à une température de 30 à 33 °C, avec environ 35 ml de présure ( 10.000 ) pour 100 litres. La coagulation durait 60 à 90 minutes selon la température ambiante, de 25 à 30 °C. Le caillé était découpé au sabre en cubes de 5 cm., sauf pour " l'Arlesienne ", afin de soutirer le sérum. Le moulage était individuel et à la louche, dans des faisselles en terre ou en fer et plus récemment en plastique ( 8 cm. de diamètre et 6 cm. de haut ). Le pressage se faisait par la pression naturelle, on tournait le fromage toutes les deux heures ( sauf " l'Arlesienne " qui n'était pas retournée ) et le démoulage s'effectuait au bout de 24 heures. " Lou Gardian " était salé, poivré, et saupoudré de thym, laurier, fenouil en poudre et recouvert d'une feuille de laurier entière. Ce même gardian pouvait aussi être vinaigré ou trempé dans l'alcool. |
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Stéphane LEMERCIER définit son fromage ainsi : " Une pâte fraîche, blanche, souple, au goût remarquablement fin et subtil, de forme carrée, parfumée aux herbes de Provence, recouvert d'une feuille de laurier, voilà le Trident, spécialité de Camargue au lait de brebis. Régal des gens de Camargue et de " bouvine ", il est souvent consommé en entrée à la façon de Jean LAFONT ( célèbre manadier de Camargue ), accompagné d'une salade de tomates et poivrons ou autre légume de saison et surtout arrosé d'une huile d'olive locale, une mise en bouche formidable au début d'un repas ".
Le maître fromager ANDROUET, qui préconise de l'accompagner des " listels " de Camargue ou de clairette de Bellegarde, émet sur elle un jugement flatteur : " C'est à mon goût un des fromages les plus délicats qui soient " et nous savons que nous ne pouvons que faire confiance à ce grand spécialiste dont les conseils avisés sont écoutés dans le monde entier ...
(S.
LHEUREUX - La cuisine du soleil entre Provence et Languedoc)
Le Gault et
Millau magazine, de Février 1986 a publié un article sur la tome
d'Arles :
" Pour René
BOUET, c'est au troisième jour que ses petites tommes sont les meilleures.
Un fromage on ne peut plus frais, donc, et pourtant déjà d'une
finesse extraordinaire, souple, aux parfums élégants. Un aristocrate
de fromage, à qui R. BOUET et sa femme Josiane, arrivent à donner
une texture étonnante, qui rappelle tout à fait celle des oeufs
au lait denses et fermes que nous faisaient nos grand-mères ... "