L'élevage
ovin apparaît en région Provence Alpes Côte d'Azur dès
le néolithique. Depuis vingt siècles, les échanges inhérants
aux transhumances vont transmettre un savoir faire fromager. Le moyen âge
est riche de témoignages quant à la place du fromage dans l'alimentation,
où il est considéré comme une " viande blanche ", et dans
la vie sociale. Les écrits de Noé de Barras, entrepreneur de transhumance,
en 1480 attestent la quasi exclusivité du lait de brebis et l'existance
de deux grands types de fromages, que nous retrouverons au fil des époques
: le fromage au lait entier, égoutté en faisselle et les " séras
" fabriqués à partir du petit lait résultant des premiers.
Fromages fabriqués sur les montagnes et descendus en vallée et
en basse Provence. A cette époque, les fromages étaient de grosses
pièces d'environ 1.5 kg.
Plus tard, ces
deux techniques, complémentaires, existent toujours, on verra aussi apparaître
les fromages bleus, les fromages fermentés ainsi que les brousses.
Aux XVIIIe et XIXe
siècles, pour plusieurs raisons, le lait de vache va peu à peu
remplacer celui de brebis. L'orientation de la filière ovine vers la
laine puis la viande va rendre de plus en plus confidentielle la production
de fromage.
Aujourd'hui, il
reste quelques producteurs de fromages de brebis mais la plupart d'entre eux
et même les habitants de hauts lieux de cette tradition fromagère
sont surpris d'entendre que le fromage au lait de brebis a été
autrefois une réalité.
Ces quelques pages,
nous en sommes convaincus, sauront leur rendre cette histoire qui leur appartient
et inciteront les consommateurs à redécouvrir ces véritables
produits du terroir.
L'antériorité
de l'élevage ovin dans la région.
La
région Provence Alpes Côte d'Azur est un territoire contrasté,
des plaines de la Crau aux montagnes des Hautes Alpes en passant par le littoral
méditerranéen.
Notre région
est un lieu de prédilection pour l'espèce ovine : le mouton est
présent dans tous les habitats provençaux du Néolithique
et chaque fois qu'une étude quantitative a été réalisée,
il occupe une place de premier plan. Au IIIe millénaire, le mouton demeure
la base du troupeau dans les sites chalcolithiques.
Les transhumances d'été et d'hiver sont apparues très tôt dans notre région. De nombreux textes en font état. Ces échanges entre basse Provence, Dauphiné, Haute Provence et Italie ont marqué la vie des populations alpines et ont aussi permis de transmettre les techniques de fabrication fromagère …

Des
raisons politiques vont amener à l'abandon progressif de l'élevage
traditionnel ovin : C'est le cas notamment dans le Queyras, où le traité
d'Utrecht (1713), interdisant les mouvements de transhumance inverse des bergers
queyrassins dans le Piémont , et la politique forestière du XIXe
siècle conduiront ceux-ci à se tourner vers la vache.
Pourtant, comme
le dit Madame MEYER-MOYNE, dans son livre " Balade dans le Queyras " : " … jusque
là, c'étaient les brebis qui avaient leurs préférences,
car plus rustiques et mieux adaptées aux terrains en pente. Elles détruisaient
la forêt et les pâturages. Petit à petit, les vaches prirent
une plus grande importance et la production laitière devint abondante…
" l'antériorité de l'élevage ovin ne fait aucun doute.
Et si, après l'introduction de la vache, l'activité fromagère
s'est organisée et développée autour des fruitières
entre autres, on peut raisonnablement penser que la tradition fromagère
ne date pas de cette époque et que, comme nous le verrons plus bas, les
fromages au lait de brebis ont une réelle antériorité dans
le département des Hautes Alpes.